
C'est au rythme d’une respiration saccadée, difficile, qui tend à l’apaisement mais n’y parvient que le temps d’une contemplation, que Petite nous invite à explorer ce fragment de vie d’une jeune fille partagée entre la culpabilité, le repli, la solitude et l’envie d’avancer, de se dépasser, de s’épanouir.
Pierrette, vingt ans, tente de construire son rapport au monde avec la complexité de ses moyens et de sa personne : un esprit torturé perdu dans un corps par lequel la relation à l’autre se passe inévitablement, presque malgré elle.
Un film plasticien, poétique, où tous les éléments (traitements visuel et sonore) sont au service d’une forme complexe et organique qui ouvre sur des interrogations multiples. Comment s’affranchir du souvenir lointain mais encore trop présent d’une scène de cruauté enfantine, du temps où l’innocence se délitait à peine ? Nos traumatismes profonds seraient-ils la source nécessaire à la création ou à l’adhésion à des formes d’expressions artistiques ?
C’est dans la littérature, l’écriture, la peinture et la musique que Pierrette vient chercher des réponses, des points d’ancrage, une inspiration. Mais elle plonge dans Miracle de la rose de Jean Genet que son père lui propose, assiste à un concert où la noirceur et la révolte semblent être le moteur de l’expression. De manière assez insidieuse et pourtant radicale, tout semble la confronter à ses angoisses.
Car ce souvenir d’enfance la hante, la persécute et la poursuit. Pierrette, insaisissable et fragile, se dérobe comme se dérobe souvent l’image. Dans des cadres resserrés et jouant avec le flou, l’envie d’envol et d’échappée est constamment rattrapée par le réel et la culpabilité. Persuadée qu’aucun rapport ne lui est permis sans qu’il ne provoque la mort, le chagrin, elle s’enferme et s’étouffe dans une solitude et un silence asphyxiants.
Faire face à ses péchés, les affronter et les accepter pour pouvoir enfin se construire et s’intégrer au monde. Paradoxalement, dans la fuite, en marquant sa solitude et son besoin d’expiation, Pierrette va pouvoir enfin expirer, se livrer et nouer un contact avec ses proches, libérée du traumatisme charnel qui la dévore et la retient. Serait-ce à travers un rapport à l’autre enfin établi que l’on pourrait entrevoir des possibilités d’ouverture et de sérénité ?
Reprendre son souffle, à nouveau.
Marie-Anne Campos
Petite, 2010, Beta num, couleur, 29 mn.
Réalisation et scénario : Rodolphe Olcèse. Image : Antoine Parouty. Son:
Guillaume Tisseyre, Rodolphe Olcèse, Véronique Algan et Marine
Longuet. Montage : Véronique Algan. Musique : Philippe Poirier.
Interprétation : Cheyenne Schiavone, Marc Barbé, Sébastien Tavel, Z.ll
et Adrien Garnier. Production : Les Productions du Lama.
Retrouvez l'interview de la comédienne Cheyenne Schiavone sur La petite lucarne.