
Holi, un grain de couleur
Exposition photographique de Véronique Durruty
Jusqu'au 1er septembre 2010, Galerie le Pictorium, 12 rue du Moulin Joly 75011 Paris.
wwwlepictorium.com
Les mots sont capricieux. Prenez “animation”. Après l’Oscar attribué à Logorama, la Palme d’or qui a consacré Chienne d'histoire, ajoutez la renommée et la fréquentation d’un festival comme Annecy, qui vient de fêter son cinquantième anniversaire, en France, le cinéma d’animation a le vent en poupe. Mais associé à “culturelle”, le même terme semble ringardisé. Ce n’est pas tant que l’animation culturelle n’existe plus ; il suffit, pour ne nous en tenir qu’au cinéma, de côtoyer les salles du territoire ou de se rendre dans les festivals pour évaluer la soif de rencontres, les curiosités qui s’y manifestent. On l’appelle aujourd’hui “action culturelle”, ce qui n’est après tout pas plus mal.
Nous songions ainsi aux ciné-clubs scolaires d’antan en découvrant la page d’accueil de la plate-forme VOD ciné lycée, crée par le ministère de l’Éducation nationale, et qui a déjà suscité pas mal de réactions hostiles avant même d’être opérationnelle*.
L’honnêteté pousse à dire que, alors que Jack Lang était à l’Éducation nationale, des levées de boucliers similaires avaient accueilli la naissance de la collection de DVD Eden cinéma pilotée par Alain Bergala. On lui reprochait déjà la non-prise en compte des dispositifs existants ainsi qu’une concurrence faite à ceux-ci et aux salles de cinéma. Le principe de cette collection, équivalent d’une idéale édition de poche luxueuse, excellemment annotée et préfacée, était de permettre aux bibliothèques de se doter de films de références propres à compléter ces fameux dispositifs et à donner un peu de grain à moudre à des établissements dépourvus de salle à proximité. Eden n’a pas tué les dispositifs en place. On peut surtout regretter que cette initiative ait été abandonnée en rase campagne.
À la limite, passer du DVD à la VOD, pourquoi pas ? Cela suppose les établissements équipés pour projeter ces films dans de bonnes conditions : salle obscure, écran de qualité, acoustique réglée… Pas certain que la CST agréerait ces salles lycéennes là où il y en a. Et d’ailleurs, combien d’établissements scolaires en sont-ils pourvus ? Il est vrai que c’est le cadet des soucis du ministère de l’Éducation nationale, ce sont les régions qui ont en charge le financement des lycées.
Cela suppose aussi un environnement pédagogique à la hauteur. Or, que nous promet la page d’accueil du site www.cinelycee.fr ? “Plus de 200 films cultes”, “des séances organisées dans votre lycée”, “des échanges commentés sur les films visionnés”, “des dossiers et des actualités”, “le décryptage d’événements cinématographiques” (on aperçoit une image du Festival de Cannes). Le lycéen pourra voter pour les films qu’il souhaite voir, donner son avis sur le film après la projection. Les sites intelligents consacrés au cinéma ne manquent pas, pourquoi s’être inspiré du tout venant du consumérisme décervelé ? Par souci de “branchitude” sans doute.
On prétend que tout cela vient de ce que le ministre s’est précipité pour exécuter une des consignes de Nicolas Sarkozy : “Un portail internet, avait-il annoncé en début d’année, sera inauguré en 2010 pour que tous les lycées et toutes les universités de France puissent visionner des films de cinéma du patrimoine français et international.” Luc Chatel est vraiment un des seuls à prendre au sérieux les foucades du président en matière culturelle ou d’éducation. La lettre de Guy Môquet dans toutes les écoles, associer à chaque élève le nom d’un enfant déporté, Camus au Panthéon… On s’en souvient à peine.
On n’oserait pas faire subir ce genre de traitement à la littérature. Il est vrai que dans ce domaine, notre président se charge de tout lui-même. On ne lui saura ainsi jamais assez gré d’avoir, par la seule magie de son verbe, remis au goût du jour La princesse de Clèves.
Jacques Kermabon
* Voir le site : www.blac-collectif.org