Kodak : pellicule et numérique même combat
Projection numérique : la France rattrape son retard
Un beau sujet intime signé Luc Lagier sur Le prisonnier, la grande série de Patrick McGoohan. Ce serait dommage de s'en priver...
D'autant plus que ladite série repasse tout l'été sur Arte...
http://www.arte.tv/fr/mouvement-de-cinema/Le-Prisonnier/3294844.html
Kodak présentait hier en avant première 2 nouvelles pellicules : le négatif couleur Vision3 200T (5213, ou 7213 en 16mm) et l'intermédiaire Vision3 5254,
L'apport de la 5213 par rapport à la renommée Vision2 5217 qu'elle est amenée à remplacer est réel mais subtil : il fallait bien une présentation en split-screen pour la mettre en évidence.
Le grain est encore plus fin, le rendu chroma présenté comme un peu plus subtil sur les jaunes, l'herbe peut être encore plus naturelle mais la parenté entre les pellicules Kodak est évidente. Les différences dans la gamme portent surtout sur les paramètres qu'affecte classiquement la sensibilité (grain, dynamique) mais on est désormais toujours dans la même représentation globale.
En fait depuis quelques années les améliorations sont réelles mais asymptotiques et, face aux progrès des capteurs numériques, on peut se demander si les supports argentiques ont encore une grande marge de progression.
En réalité cette progression n'est pas autonome : Kodak a bien intégré que pour l'essentiel les films sont aujourd'hui post-produits en numérique, et que c'est le scan et l'étalonnage qui sont à même d'exploiter des informations inaccessibles à une chaîne purement argentique.
Ainsi la 5213 affiche une dynamique de 14 diaphs, mais les détails des très hautes lumières tiennent dans d'infimes différences de densité dans l'épaule. Des variations qui seraient laminées par simple report sur un inter et un positif.
Toutefois une double exposition sur un Arriscanner permet de les détecter et les consoles d'étalonnage savent les amplifier et les intégrer dans l'image. Une station Lustre mise en oeuvre par Mikros en a donné une illustration très démonstrative, transfigurant littéralement certaines scènes à coup de corrections subtiles et locales ou d'options plus radicales.
Avec une telle dynamique et les possibilités de l'étalonnage numérique, le nombre d'interprétations possibles à partir d'une capture film est désormais tellement considérable que certains pourraient être tentés de se simplifier la vie à la prise de vue...
Opposer pellicule et numérique est donc vain aujourd'hui : les 2 filières sont harmonieusement complémentaires. La projection dans la salle de chez Kodak le manifestait à sa manière : à moins de chercher des indices annexes comme la netteté de la fenêtre de projection (bords flous en 35), il était impossible de voir une différence entre les éléments projetés en 35mm et ceux passant par le Lustre et le projecteur numérique.
Après de longs démêlés judiciaires, Pierre Etaix a enfin récupéré les droits de ses films. Ils ressortent en salle le 7 juillet (diffusion Carlotta Films, versions restaurées avec le soutien de Studio 37, la Fondation Groupama Gan pour le cinéma et la Fondation Technicolor).
A côté de Le Soupirant (1963 - 83 mn), Yoyo (1965 - 92 mn), Tant qu’on a la Santé (1966 - 80 mn), Le Grand Amour (1969 - 87 mn) et Pays de cocagne (1971 - 80 mn) on pourra redécouvrir ses 3 court-métrages Rupture (1961- 11mn), Heureux anniversaire (1962 - 12min, Oscar 1963 du meilleur court) et un inédit : En pleine forme (1971-2010).
Apparemment J'écris dans l'espace (1989 - 40mn) n'est pas prévu dans cette programmation. C'est dommage : Etaix s'y est affronté à la seule révolution technico-esthétique majeure du cinéma en 50 ans, l'Omnimax.
Sur l'immense écran hémisphériques de la Géode, Etaix racontait l'aventure des frères Chappe et l'invention du télégraphe optique, utilisé pour la première fois le 6 novembre 1792 pour avertir la Convention de la victoire remportée à Jemmapes sur les Autrichiens.
Souvent présenté comme la première fiction en Omnimax, le film est en fait un docufiction, genre très prisé par les salles IMAX. La difficulté de l'Omnimax est que le cadre disparait, l'image étant plus large et haute que le champ visuel des spectateurs. L’effet d’immersion est fabuleux, provoquant une sensation de relief puissante, les lignes perspectives semblant flotter dans l’espace défini par l’écran courbe.
Par contre le metteur en scène devient scénographe : enmenant le spectateur sur site, il lui faut jouer sur les entrées/sorties de champ et les mouvements de caméra plus que sur les cadres, la succession et la longueur des plans. Un défi qu'Etaix n'a pas tout à fait relevé car il a souvent employé des focales plus longues que le fish eye de rigueur dans le procédé. Or celui-ci est décentré par rapport à l'axe optique : des plans classiques, non calés pour ce dispositif, sont d’autant plus déformés que la focale est longue.
A l’heure où le relief binoculaire a le vent en poupe et où l’Imax devient un format de production de long-métrage (Dark knight, Inception), il serait opportun de se pencher sur les possibilités de l’Omnimax. Une ressortie de J’écris dans l’espace serait une bonne occasion.
Longtemps à la traine, à l'exception du groupe CGR, l'exploitation rattrappe son retard numérique avec 1167 écrans. Un investissement largement tiré par le relief : 774 salles sont équipées 3D à demeure et environ 200 utilisent selon leurs besoins des équipements 3D de location. 85% des salles numériques orientées "relief", c'est significatif. Avec 18 films prévus en 2010 et autant déjà annoncés pour 2011 il y a la matière. A ce rythme on frisera bientôt l'engorgement.
D'autant que les écrans se concentrent sur seulement 420 salles ou complexes, avec de très grosses disparités territoriales.
Sans surprise Paris est en tête avec 67 écrans, suivi de la Gironde avec 38, le Rhone 35, le Morbihan 32, le Pas de Calais 29, le Nord 28. Mais un département comme le Puy de Dome n'en comporte que 2, dont un à Clermont Ferrand, capitale du court métrage, et 18 département n'ont pas une seule salle de projection numérique !
Pour ne pas priver ceux là (et leurs ophtalmos) des bienfaits du Relief, Technicolor présente sur son stand de Dimension3 (Saint Denis, du 1 au 3 juin) sa solution de secours argentique, un procédé superposant le couple stéréo dans une fenêtre 35mm. Chaque image est donc en 2p, ce qui donne une résolution verticale réduite à celle de la télé SD, mais d'après un sondage commandé par Technicolor les spectateurs trouvent cela aussi bon que le relief numérique. La résolution horizontale, porteuse de l'information relief, restant celle du 35, c'est plausible. Reste qu'une copie 35 qui tourne est vite salié et rayée et que ces accidents étant différents entre les images D et G ils sautent littéralement aux yeux en relief. Une des raisons qui a fait rapidement disparaître la 3D des écrans dans les années 50.
Reculer pour mieux sauter n'est pas toujours l'option optimale...
Tout le monde connait Videolan VLC. Ce petit lecteur universel gratuit et multi plate-forme (Windows, Linux, Mac, ...) permet de lire pratiquement tous les fichiers audio ou vidéo (dont l’AVCHD des nouveaux camescopes pro Sony NXCAM HXR-NX5E et même des couples stéréoscopiques). Une nouvelle version arrive : la 1.1.0 est une pre Release Candidate très stable, téléchargeable sur http://people.videolan.org/~jb/webm/.
Dans la même philosophie : gratuit, multiplateforme, très ouvert, très léger, l’équipe de Videolan Movie Creator développe un petit logiciel de montage offline. La version actuellement téléchargeable (http://trac.videolan.org/vlmc/wiki/Downloads) est encore très instable mais le produit est à surveiller. Certes il ne remplacera pas Avid, FCP, Vegas ou le monstre de puissance qu’est devenu Adobe Première Pro CS5… mais il est extrêmement ouvert quant aux formats acceptés (ceux de VLC), gère 64 pistes son, les titres, des effets 2D et 3D… et il est gratuit.
Comme il est cross-plateforme, les adeptes de Linux vont enfin avoir une alternative à Kino, Cinelerra ou Main Actor.
Mais la grande nouvelle à suivre chez Videolan concerne le projet x264. Il s’agit d’un encodeur capable de générer des fichiers video compatibles Blu-Ray.
Non, pas bof, c’est important !
S’ il a toujours été possible de créer soi-même ses DVD avec des solutions abordables, les Blu-ray doivent passer par de très onéreux softs propriétaires d’encodage (couramment 30000$ + 10000$ pour un pc très haut de gamme capable de coder en temps réel), et surtout acquitter les droits de protection exorbitants qu’impose l’AACS pour tous les codages de Blu-ray (3000$ comme fournisseur de contenu + 1300$ par titre).
Autant dire que diffuser ses oeuvres en blu-ray est inabordable aux créateurs indépendants et aux petits producteurs, ainsi qu’au secteur institutionnel.
Avec ce codeur -ça y est, il marche- il sera possible de créer ses propres fichiers au format blu-ray et même de les diffuser, si le film est assez court, sur des DVD !*
Il n’y a pas encore de logiciels gratuits d'authoring Blu-ray mais cela ne devrait pas tarder.
Les créateurs indépendants vont enfin pouvoir diffuser leurs œuvres économiquement sans devoir réduire leurs tournages 35mm ou HD à la résolution du DVD.
* tutoriel pour graver des .mkv sur dvd : http://www.youtube.com/watch?v=ho0qbGy_4P0&feature=player_embedded#!)
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